La Conscience Philosophie Dissertation Outline

Sommaire de l'article

Le cas d’une dissertation rédigée et corrigée

La dissertation en philosophie est un exercice difficile car elle suppose la maîtrise d’une méthode et d’une structure déterminée.

Nous vous donnons donc un exemple de dissertation rédigée et corrigée par un professeur, tant d’un point de vue méthodologique (forme) qu’éditorial (fond).

Nous avons volontairement choisi un sujet de dissertation très classique en terminale philo : “La liberté est-elle une illusion ?” (fréquent pour les terminales littéraires)

[Téléchargez l’application La-Philosophie sur Google Play]

La liberté est-elle une illusion ?

Travail préparatoire

A) L’analyse des termes du sujet :

1) La liberté : Il s’agit de toujours partir de la conception spontanée, immédiate que l’on se fait de la liberté, celle de l’ « homme de la rue » qu’aurait pu interroger Socrate. Ainsi, la liberté, c’est « faire ce que l’on veut », elle correspond, semble-t-il à la toute-puissance de la volonté de chacun. Spontanément, tout individu se sent libre dès lors qu’il peut accomplir tous ses désirs, toutes ses envies.

Or l’expérience ordinaire de la vie montre aussi, paradoxalement, l’être humain soumis à de nombreuses contraintes à la fois externes (physiques, sociales, politiques) et internes (instincts, habitudes, passions) qui pèsent sur sa liberté et qu’il lui est difficile voire impossible de surmonter totalement de sa propre initiative. Dès lors, le sentiment de liberté ne serait-il qu’illusoire ?

2) l’illusion : Il s’agit de saisir l’importance de ce terme à distinguer de l’erreur. L’illusion procède certes de l’erreur en ce qu’elle trompe l’individu, mais elle procède également de la mystification. Qu’est-ce à dire ? Tout individu est responsable de ses erreurs et dispose du pouvoir de les corriger. En revanche, dans l’illusion, qui peut être à la fois individuelle et collective, nous serions victimes d’une puissance trompeuse impossible à vaincre.

La question qui s’impose est donc la suivante : Quel type de désir proprement humain se trouve à la racine d’une illusion ? Ou bien quel besoin l’homme cherche-t-il à satisfaire dans la pérennité d’une illusion ?

B) Repérer les notions du programme en jeu dans le sujet : la liberté, la conscience et l’inconscient, le désir.

C) Problématiser le sujet : Si tout individu éprouve un sentiment immédiat de liberté, cette conviction renvoie-t-elle à une croyance illusoire ou à une véritable connaissance de soi ? L’objectif consistera donc à faire la part de ce qui relève d’une liberté réelle, repérable, de ce qui relève d’un désir infondé de liberté, dans un souci de lucidité et de vérité.

D) Mobiliser des références utilisables :

– Platon, dans le Gorgias, dénonce la confusion commune entre la liberté du sage et la réalisation impulsive de tous ses désirs.

– Descartes, dans La Méditation quatrième, donne une définition du libre arbitre qui apparente l’homme à Dieu.

– Spinoza, dans L’Ethique,  montre que la conscience d’exister n’implique pas nécessairement la liberté humaine.

E) Elaboration du plan : elle doit obéir à la règle du « plus proche au plus lointain », c’est-à-dire aller de l’explicite à l’implicite, du plus évident au moins évident.

Exemple de plan possible :

I) La liberté est un sentiment immédiat : la thèse du libre arbitre

II) La critique déterministe du libre arbitre

III) La liberté est à conquérir : de la libération à la quête d’autonomie

Introduction à la dissertation

1) Amorce : Il nous faut partir de ce constat de départ que le sentiment commun et immédiat éprouvé par tout homme est de se sentir libre : en effet, chaque homme peut faire l’expérience, du moins intérieure, d’une liberté de penser et d’agir, indépendamment de toute contrainte extérieure. Cette conviction intérieure est donc profondément ancrée en chacun de nous.

2) Annonce du sujet et problématisation : Cependant, la liberté ne serait-elle pas une illusion ? Ou pour le dire autrement, le fait de se sentir libre n’est-il pas susceptible de ne renvoyer qu’à une croyance illusoire ? Le sentiment immédiat de notre liberté est-il vrai, c’est-à-dire renvoie-t-il à une véritable connaissance de soi-même ?

3) Annonce du plan d’étude : elle doit être suffisamment explicite sans en dire trop, sans être trop « lourde » : Nous tenterons, tout d’abord, d’évaluer la pertinence et les limites du sentiment spontané de liberté, commun à tous les hommes. Puis nous tâcherons de montrer que cette expérience immédiate du libre arbitre est susceptible de camoufler à l’homme une méconnaissance de lui-même. Enfin, une nouvelle tâche se dressera face à nous : la nécessité de reconstruire une nouvelle approche de la liberté humaine, si tant est qu’elle soit possible.

Développement de la dissertation : 1ère partie

I) Le sentiment immédiat de notre liberté : la théorie du libre arbitre

a) Tout homme se juge spontanément libre

Dans le langage courant, la liberté renvoie au pouvoir que possède tout homme de n’obéir qu’à lui-même, qu’à sa propre volonté, et d’agir uniquement en fonction de ses désirs, indépendamment de toute contrainte ou de toute pression extérieure.

Tout homme se sent donc spontanément libre, tout simplement parce qu’il se croit capable de faire des choix de petite ou de grande importance, de prendre des décisions, de petite ou de grande ampleur.

Autrement dit, tout homme, lorsqu’il porte un regard réflexif  sur lui-même, se juge spontanément libre, c’est-à-dire en mesure d’agir simplement en fonction de sa volonté.

La plupart des philosophes qui se sont prononcés en faveur de la liberté humaine, en faveur de l’existence du libre arbitre, ont accordé une grande valeur à l’expérience intime, immédiate que nous aurions, selon eux, de notre liberté : « La liberté de notre volonté, écrit Descartes (Principes de la Philosophie, I, art.39), se connaît sans preuve par la seule expérience que nous en avons ».

Transition : Faire le point et formuler une ou plusieurs questions permettant de poursuivre la réflexion : La liberté correspondrait donc à un sentiment intérieur, à une expérience immédiate en chaque homme. Or peut-on se contenter de cette expérience immédiate ou pour reprendre la formulation de Bergson, de cette « donnée immédiate de la conscience » ? Autrement dit, peut-on se contenter du  sentiment de notre liberté pour en déduire son existence certaine ? Est-il donc possible de faire une expérience de notre liberté qui puisse justifier ce sentiment ?

b) Peut-on prouver l’existence du libre arbitre ?

1) Première tentative de preuve : l’expérience de l’âne de Buridan et la mise à jour de la « liberté d’indifférence »

Jean Buridan, philosophe français du quatorzième siècle, aurait, selon la légende, conçu une expérience imaginaire afin de prouver l’existence du libre arbitre : la situation serait celle d’un animal, en l’occurrence un âne, ayant également faim et soif, et qui, placé à égale distance d’une botte de foin et d’un seau d’eau, hésite, se montre incapable de choisir, et finalement se laisse mourir.

Ce « protocole expérimental métaphysique » aurait donc pour objectif de prouver l’existence de la « liberté d’indifférence » proprement humaine. En effet, nous avons tous déjà vécu une situation où les mobiles ou motifs en faveur d’un acte ou d’un autre étaient si équivalents, ou aussi contraignants l’un que l’autre, que nous nous sommes retrouvés incapables de faire un choix.

En effet, que se passe-t-il lorsqu’un individu se retrouve face à deux possibilités aussi équivalentes l’une que l’autre, lorsque rien ne puisse permettre de déterminer son choix ? Or ce qui permet à l’homme d’échapper à la situation absurde de l’âne mourant de faim et de soif entre une botte de foin et un seau d’eau, c’est qu’il dispose de cette liberté d’indifférence, c’est-à-dire de cette liberté par laquelle notre volonté a le pouvoir de choisir spontanément et de sa propre initiative.

Cette situation d’indifférence du choix prouve donc que l’homme est doté d’un libre arbitre, c’est-à-dire d’une capacité de choisir pouvant échapper à tout déterminisme. Pour Descartes, cette liberté d’indifférence, bien que considérée comme « le plus bas degré de la liberté », témoigne en même temps d’un pur libre arbitre qui apparente l’homme à Dieu (Méditation quatrième).

2) Seconde tentative de preuve du libre arbitre : le crime de Lafcadio dans Les Caves duVatican d’André Gide

André Gide, dans Les Caves du Vatican, cherche à illustrer la possibilité pour un être humain de réaliser un acte gratuit, c’est-à-dire un acte accompli sans raison, par le seul effet de sa liberté.

Dans le roman, le « héro » Lafcadio se rend à Rome par le train et se retrouve seul dans la nuit, ne partageant son compartiment qu’avec un vieux monsieur. Lafcadio se prend alors d’une idée folle : « Là sous ma main, la poignée. Il suffirait de la tirer et de le pousser en avant. On n’entendrait même pas un cri dans la nuit. Qui le verrait…Un crime immotivé, quel embarras pour la police ».

Lafcadio se dit en effet, et à juste titre, que s’il n’a pas de mobiles pour réaliser ce crime, il n’a donc pas de motivations. Le lien entre l’acteur et l’acte commis est inexistant. Lafcadio prend d’ailleurs un soin tout particulier à renforcer la gratuité de son crime : il remet tout au hasard et se met à compter pour soumettre sa décision de passer à l’acte ou de ne pas passer à l’acte à l’apparition d’un feu dans la nuit. Or le hasard, c’est précisément ce qui est fortuit, c’est-à-dire dépourvu de toute intention consciente, donc de motivation intrinsèque… Et le crime a lieu.

3) Peut-on dire que l’acte de Lafcadio est un acte gratuit ?

Le mérite du roman d’André Gide est d’aborder la question suivante : Un acte gratuit est-il possible ? Or deux critiques permettent d’être avancées pour remettre en cause cette possibilité :

La première critique consistera à remarquer que Lafcadio  fait reposer son passage à l’acte sur des signes extérieurs, en l’occurrence l’apparition ou la non apparition d’un feu dans la campagne. Son acte serait donc déterminé par une extériorité.

La seconde critique consistera à remarquer que l’absence de motivations dans l’acte de Lafcadio est tout sauf évidente : l’une de ses premières motivations ne serait-elle pas le désir même de se prouver à lui-même sa liberté ? Si bien qu’il est tout-à fait envisageable de soupçonner Lafcadio de prendre pour une absence de motifs ce qui ne serait au fond qu’une ignorance profonde des motifs de son acte.

L’ « acte gratuit » est donc une notion philosophiquement problématique : la volonté de prouver sa liberté par un acte supposé sans mobile constitue, par elle-même, un mobile.

Transition : Une nouvelle question se pose dès lors : le sentiment de liberté ou la volonté de réaliser un acte non déterminé ne seraient-ils pas qu’une croyance ? Ne semble-t-il pas que ce ne soit que de façon illusoire et superficielle que je fasse l’ « expérience » de ma liberté, par ignorance des déterminations qui sont pourtant en jeu ?

Développement de la dissertation : 2ème partie

II) La critique déterministe du libre arbitre

a) L’illusion anthropocentrique du libre arbitre : « L’homme n’est pas un empire dans un empire » (Spinoza)

Le projet philosophique de B.Spinoza, dans le sillage des travaux scientifiques de Laplace, est de dénoncer les illusions du libre arbitre.

C’est ainsi que dans la troisième partie de l’Ethique, dans la section intitulée De l’origine et de la nature des affections, Spinoza rejette totalement l’idée selon laquelle l’homme occuperait une place privilégiée au sein de la nature.

Spinoza critique notamment Descartes qui conçoit l’homme comme «un empire dans unempire », ainsi que tous les philosophes qui croient que « l’homme trouble l’ordre de la Nature plutôt qu’il ne le suit, qu’il a sur ses propres actions un pouvoir absolu et ne tire que de lui-même sa détermination ».

Or l’objectif de Spinoza est bel et bien de montrer que l’homme suit les lois communes de laNature, comme toutes les choses de ce monde.

b) L’illusion humaine de la liberté

C’est dans sa lettre à Schuller, extraite de sa Correspondance, que Spinoza dénonce l’illusiondu libre arbitre. Il défend ainsi une position philosophique déterministe suivant laquelle tous les événements sont absolument nécessaires et le sentiment que nous avons d’être libres ne serait qu’une illusion naturelle :

« Telle est cette liberté humaine que tous les hommes sevantent d’avoir et qui consiste en cela seul que les hommes sont conscients de leurs désirs et ignorants des causes qui les déterminent ».

Et Spinoza d’ajouter un peu plus loin : « Et comme ce préjugé est inné en tous les hommes, ils ne s’en libèrent pas facilement ».

Cette illusion naturelle de l’homme a donc deux causes d’après Spinoza qui justifient que l’homme s’illusionne et qu’il ne fasse pas seulement erreur. Premièrement, la source de l’illusion humaine du libre arbitre est l’ignorance des causes qui nous poussent à agir. Or à prendre les choses rigoureusement, l’homme est tout aussi déterminé à se mouvoir sous l’influence de causes externes qu’une pierre qui reçoit une impulsion. Les hommes se croient libres alors qu’ils sont contraints ou déterminés par leur nature. Deuxièmement, Spinoza précise bien que les hommes « se vantent » d’être libre car le désir d’être libre, même illusoire, est beaucoup plus valorisant pour l’orgueil humain que l’idée d’être totalement déterminé.

c) La liberté désigne alors la nécessité bien comprise

C’est ainsi que Spinoza ne fait pas consister la liberté, dans la lettre à Schuller, dans un libre décret mais dans une libre nécessité ou dans la nécessité bien comprise : « j’appelle libre, quant à moi, une chose qui est et agit par la seule nécessité de sa nature ».

Tout comme les comportements des animaux sont déterminés par l’instinct, leur environnement ou des déterminations biologiques, les actes et les pensées des hommes le sont eux-mêmes par de multiples facteurs à la fois internes et externes dont on ignore le plus souvent l’existence et la puissance : facteurs d’origine physiologiques, psychologiques, sociales, etc.

Dès lors, l’un des apports essentiels de la critique spinoziste du libre arbitre est de montrer que la croyance en l’existence du libre arbitre est la source d’aliénation de l’homme. En effet, selon Spinoza, non seulement l’homme est déterminé mais cette illusion naturelle du libre arbitre nous déterminent à ne pas savoir que nous sommes déterminés, et ainsi à l’être d’autant plus sûrement. Or il n’y a pas pire esclave que celui qui se croit libre.

Transition : Il nous faut donc tirer les enseignements de la critique spinoziste du libre arbitre et reconnaîtreque l’idée d’une liberté spontanée ou d’un sentiment immédiat de liberté n’est plus tenable. Est-il dès lors possible de reconstruire une approche de la liberté qui soit accessible à l’homme ?

Développement de la dissertation ; 3ème et dernière partie

III) La liberté est à conquérir : de la libération à la quête d’autonomie

a) Être libre, c’est apprendre à se libérer des passions

Platon, dans le Gorgias, pose la question suivante : est-ce la vie de l’homme aux désirs insatiables ou celle guidée par la raison qui est la meilleure ? Dans ce dialogue qui met aux prises Socrate et Calliclès, ce dernier défend le droit au désir, comme un droit à être puissant, autrement dit à être capable de mettre les forces de son énergie et de son intelligence au service des passions, pour leur donner la plus grande ampleur possible.

C’est ainsi que Calliclès préfère les « tonneaux qui fuient » puisque « ce qui fait l’agrément de la vie, c’est de verser le plus possible ». En revanche, Socrate choisit la vie ordonnée, celle où les tonneaux du sage « seraient en bon état ».

Platon cherche ainsi à montrer, dans ce dialogue, l’illusion dans laquelle se trouvent les hommes comme Calliclès, qui croient qu’être libre consiste à faire ce que l’on veut, c’est-à-dire à réaliser tous ses désirs. Or une telle vie, guidée par des désirs multiples, polymorphes et surtout infinis, mène nécessairement au tourment et au malheur. En effet, le risque pour un homme comme Calliclès décidant de mener une vie intempérante et désordonnée est de devenir l’esclave de ses propres passions et désirs.

A cette vie désordonnée, Platon oppose une vie guidée par la raison, incarnée par la sagessesocratique. Socrate incarne, en effet, le sage qui sait distinguer entre les désirs à poursuivre ou à ne pas poursuivre, qui sait se gouverner lui-même et qui est en mesure d’accéder à une véritable autonomie de la volonté.

b) Être libre, c’est être responsable de ses actes

Par conséquent, l’entrée dans la liberté authentique, par opposition avec la liberté illusoire des désirs infinis, c’est l’entrée dans une véritable autonomie et c’est pouvoir devenir responsable de ses actes et pouvoir en répondre.

L’enjeu de l’entrée dans la liberté authentique est donc celui du rapport à soi-même et à autrui. La liberté entre alors dans le champ de la réflexion morale, sociale et politique. C’est ainsi qu’au sens moral et juridique, être libre, c’est pouvoir être reconnu autonome et responsable de ses actes, de ses choix, à la fois devant soi-même et devant la société à laquelle on appartient.

En conséquence, si la liberté est illusoire ou inaccessible, il semble que c’en soit fini de la responsabilité morale et juridique de tout individu, et par là même de la justice. Le fait que nous nous sentions, à tort ou à raison libre, exige donc que l’on agisse comme si on était effectivement libre.

c) La liberté comme condition de l’acte éthique

C’est ainsi que dans la première note de la préface à la Critique de la raison pratique, Kant affirme que la liberté est la condition de possibilité et l’essence  (la ratio essendi) de la vie morale de l’homme, comme la vie morale de l’homme est ce par quoi l’homme connaît laréalité de sa liberté (elle en est la ratio cognoscendi). Et Kant ajoute pour préciser : « (…) si la loi morale n’était pas d’abord clairement conçue dans notre raison, nous ne nous croirions jamais autorisés à admettre une chose telle que la liberté (…). En revanche, s’il n’y avait pas de liberté, la loi morale ne saurait nullement être rencontrée en nous ».

Ainsi, pour Kant, pour que l’homme soit moral, il faut qu’il soit libre, car s’il était forcé par une nature intelligible à la bonté, à la justice et à l’altruisme, il ne serait qu’un automate spirituel et s’il était forcé par sa nature sensible à l’égoïsme, il ne serait qu’un mécanisme matériel.

Conclusion de de notre exemple sur la dissertation philosophique

1) Faire le bilan de la démarche poursuivie dans le devoir : La liberté humaine est-elle donc possible ? Nous avons pu comprendre, tout au long de notre travail, la difficulté qui existe à pouvoir saisir une véritable « expérience » de la liberté et, par conséquent, la difficulté à en prouver véritablement l’existence.

2) Répondre à la question initiale : La liberté est-elle une illusion ? Notre travail a, en tout cas, cherché à démontrer que si la croyance en une liberté immédiate était illusoire, voire naïve, la critique spinoziste nous a permis d’accéder à une approche de la liberté qui puisse permettre d’en préserver l’espoir : en effet, si l’homme n’est pas libre, il lui est, en revanche, donné d’entrer dans un processus, dans une conquête assimilable à une libération par l’usage de la raison et par son entrée dans la morale et la vie sociale.

3) Si possible, proposer une ouverture à une nouvelle réflexion : Comment penser les conséquences d’une authentique libération de l’homme dans ses interactions morales, sociales et politiques ?

Vincent Boyer, professeur de philosophie à Paris.

Version PDF de la dissertation corrigée.

Note aux élèves : Ce dissertation vous est donnée à titre d’exemple et à titre gratuit. La copier-coller pour un devoir demandé par votre professeur ne vous aidera pas à obtenir une bonne note au bac philo. De plus, les professeurs sont équipés de logiciels permettant de déceler les copier-coller. Vous seriez donc doublement puni …

Vous pouvez nous envoyer votre demande d’aide (gratuite) via le formulaire ci-dessous :

Pour aller plus loin sur le bac philosophie :

Méthode de la dissertation philosophique

Le Commentaire de Philosophie

Article du Monde sur la dissertation

Ladbrokes promo code 2018

Aide à la dissertation de Philosophie

Corrigé

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

Se demander si la conscience de l’individu n’est que le reflet de la société à laquelle il appartient, c’est se demander si notre conscience est seulement , ou si elle dispose d’une certaine  : on présuppose ici que la société détermine notre conscience, mais il s’agit de savoir dans quelle mesure elle le fait. A priori, on aurait tendance à penser que notre conscience désigne notre  : en quoi pourrait-elle être modelée par une société à nous ? Étymologiquement, conscience signifie « savoir ensemble » (du latin cum et scientia). Notre conscience est à la fois (pouvoir que j’ai de rapporter mes actes, mes pensées, à moi-même comme en étant le centre) et (capacité que j’ai à distinguer le bien du mal et à m’orienter en vertu de ces valeurs). Un reflet est une image qui fidèlement un objet ou une autre image. La société se définit comme un ensemble d’individus liés par des règles ou lois communes et partageant des biens et des valeurs.

Le problème est donc de savoir si notre peut se contenter de refléter nos liens sociaux. La conscience est , elle tend à me définir, quand la société se définit par son caractère et inclusif : je lui « appartiens ». La question est donc de savoir dans quelle mesure la influe sur mon . Ma conscience n’est-elle donc pas , mais entièrement par la société dans laquelle je vis ? Et si ma conscience ne se borne pas à reproduire ce qui m’entoure, que peut-elle être d’autre ?

Dans un premier temps, nous verrons qu’il est insuffisant de définir notre conscience comme un pur reflet de notre société : la conscience est avant tout le . Ensuite, nous verrons comment la société sur notre conscience, avant de voir, en troisième partie, que notre conscience est essentiellement .

1. La conscience de l’individu n’est pas seulement le reflet de la société

A. La conscience est le lieu de notre intériorité

Dans un premier temps, on pourrait penser que la conscience n’est pas seulement le produit de la société à laquelle nous appartenons, en distinguant en particulier une conscience psychologique, lieu de notre intériorité, d’une conscience morale qui subirait, elle, une influence sociale. Descartes pose ainsi la conscience comme , « substance pensante » ou chose séparée du monde : le sentiment d’identité que me procure ma conscience n’a rien à voir avec le monde qui m’entoure. L’expérience que fait Descartes, dans le Discours de la méthode, en découvrant l’évidence du sujet, conscient de lui-même et de sa propre existence, témoigne de cela : ma conscience ne reflète pas le monde extérieur, elle ne renvoie qu’à mon intériorité. En d’autres termes, mon sentiment d’identité ne doit rien à ce qui m’entoure.

B. Nos consciences sont subjectives

Par ailleurs, même quand elle porte vers le monde et non plus sur moi-même, ma conscience est  : je perçois le monde, je l’expérimente, d’un point de vue qui n’est pas celui des autres, et qui n’a pas d’un point de vue social. Ainsi, ma conscience est bien « conscience de l’individu », c’est-à-dire propre à chacun, différente d’un individu à l’autre. Dans la Phénoménologie de la perception, Merleau-Ponty explique ainsi comment nos consciences sont irréductiblement , liées à nos corps plus qu’au monde ou à la société à laquelle nous appartenons. Dire que nos consciences sont subjectives semble impliquer une relative des consciences, qui ne pourraient dès lors être pensées comme les produits d’une .

Pourtant, si la conscience est individuelle, si elle n’est donc pas l’image fidèle de la société, peut-elle pour autant en être radicalement séparée ? La société et les rapports intersubjectifs ne pèsent-ils pas sur les représentations de notre conscience ?

2. La conscience de l’individu est modelée par ses rapports sociaux

A. Notre conscience est modelée par nos rapports aux autres

Sommes-nous une conscience séparée du monde, y compris du monde social ? Freud montre, dans sa seconde topique, comment le psychisme se structure en trois pôles dynamiques : les rapports du ça, du moi et du surmoi détermineraient, dit-il, nos représentations conscientes et inconscientes.

En conséquence, on peut dire que notre intériorité est loin d’être étanche au monde, en ce sens qu’elle est travaillée par la société, ne serait-ce qu’au travers des interdits sociaux progressivement intériorisés dans le surmoi. Si mon psychisme pour les reprendre à son compte, et si cette vie psychique inconsciente pèse sur mes représentations conscientes, on peut dire que nos consciences individuelles sont et par la société dans laquelle nous sommes inscrits : qu’il s’agisse de la société déterminée dans laquelle nous naissons, ou, de façon générale, de nos rapports aux autres, en particulier de nos rapports familiaux et de notre histoire. Ainsi, il est impossible de concevoir nos consciences indépendamment des rapports sociaux qui la constituent.

B. Les consciences individuelles ne sont pas la source de la morale

Que nos représentations conscientes soient travaillées par nos rapports sociaux, c’est également ce qu’établit Durkheim dans L’Éducation morale, en montrant que la morale n’est pas le produit d’une , le résultat d’une action de l’individu, mais le produit d’une . La source de la morale est donc collective : c’est tout un peuple, toute une époque, qui décline très lentement les valeurs propres à un système moral.

Cette distinction posée par Durkheim entre conscience collective et conscience individuelle implique que nous soyons, en tant qu’individus, par rapport à la morale. Autrement dit, nous recevons la morale propre à notre époque, en particulier à travers notre , qui nous transmet un ensemble de valeurs dont nous n’avons pas décidé, dont nous ne sommes pas les auteurs, et que nous devons pourtant reconnaître comme étant les nôtres.

Mais alors, si nos consciences individuelles sont façonnées par nos rapports sociaux, ne peut-on pas aller jusqu’à dire que la conscience d’un individu n’est rien d’autre que ce que la société a mis en elle ? Nos consciences ne sont-elles pas le pur miroir de la société ?

3. La conscience de l’individu n’est que le reflet de la société

A. Notre conscience est déterminée par la société

En réalité, dès lors que nos consciences apparaissent et en cela par nos rapports familiaux, les valeurs propres à notre société, ou notre éducation, il semble difficile de soutenir l’indépendance de nos conscience à l’égard de la société : car la famille, l’éducation, relèvent de la société à laquelle nous appartenons. Si bien que l’on peut dire que notre conscience la société dans la mesure où la société la .

C’est ainsi ce qu’établit Karl Marx en montrant que la conscience n’est pas première dans la constitution du sujet : elle résulte en réalité, selon lui, d’influences extérieures, d’un ensemble de déterminations extérieures à elles. Comme Spinoza montre les illusions d’une conscience qui se croit libre parce qu’elle n’accède pas à ce qui la détermine (son corps, les autres), Marx montre en quoi notre conscience s’aveugle en se croyant libre : elle n’est que le produit de l’influence sociale. En effet, selon Marx, (les rapports de production et les forces productives) la (les formes juridiques et politiques, l’art, la pensée, la morale, la religion etc.). Donc le contenu de notre conscience, qui nous apparaît illusoirement libre et produit par nous-même, n’est que la apparente d’un ensemble de facteurs matériels qui la déterminent . « Le mode de production de la vie matérielle, d’après Marx, domine en général le développement de la vie sociale, politique et intellectuelle. Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c’est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience. »

Ainsi, comme l’inconscient, selon Freud, sourd dans nos représentations conscientes, c’est pour Marx notre inscription sociale dont rend compte notre conscience comme une image fidèle.

B. Notre conscience est le reflet de notre classe sociale

Plus précisément, l’individu, selon Marx, n’appartient pas seulement à une mais aussi à une «  » au sein d’une société. Et c’est cette classe, sociale, économique, matérielle, qui détermine toutes les productions de la pensée, la conscience, les valeurs, les goûts, les représentations. En ce sens, notre conscience n’est pas seulement , ou modelée, par la société qui nous entoure : elle n’en est que le , c’est-à-dire l’image superficielle, la reproduction fidèle.

De fait, si les forces productives déterminent notre manière de penser et de nous penser, alors se pose la question de la marge d’action de notre conscience. « Est-il besoin, écrivent Marx et Engels, d’une grande perspicacité pour comprendre que les idées, les conceptions et les notions des hommes, en un mot leur conscience change avec tout changement survenu dans leurs conditions de vie, leurs relations sociales, leur existence sociale ? Que démontre l’histoire des idées, si ce n’est que la production intellectuelle se transforme avec la production matérielle ? Les idées dominantes d’une époque n’ont jamais été que les idées de la classe dominante. »

En dernier ressort, la conscience de l’individu n’est pas réductible à la société à laquelle il appartient, à la seule condition qu’il puisse prendre connaissance de ce qui détermine sa conscience, à savoir de ces forces productives (outils, machines) et des rapports de production (classe, salariat, domination, etc.) qui se reflètent en lui sous forme d’idées.

Conclusion

En définitive, il semble difficile de penser la conscience des individus comme une simple chose isolée de leurs rapports sociaux. par la société, par elle, il apparaît que la conscience est comme qui reproduit passivement une réalité sociale dans laquelle se trouve pris l’individu.

On peut aller jusqu’à se demander si la conscience dite n’est pas . Reste à savoir si l’individu peut se réapproprier sa conscience en apprenant à .

Info

La seconde topique, exposée par Freud, vise à nous donner une image du fonctionnement de notre psychisme : Freud y expose en particulier le rôle et la formation de notre surmoi, instance morale de notre psychisme, qui a pour fonction essentielle de soumettre les pulsions à une critique, en vertu des règles morales qui l’ont constitué.

Conseil

La troisième partie peut ici apparaître comme une radicalisation de la deuxième partie : après avoir examiné en quoi nos consciences individuelles sont liées à diverses influences (famille, éducation, milieu, etc.), il s’agit là de montrer en quoi ces instances sont en réalité sociales.

One thought on “La Conscience Philosophie Dissertation Outline

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *